フランス滞在11日目

2月11日(水)
一日中ADIVでおしごと。午前中は閲覧室で資料を繰っては写真を撮り、午後は会議室を借りてレンヌ第2大学の修士院生むけセミナー。フランス語漬けの2時間半にすっかり疲れはてて帰宅。なーんにも書く気力がないので。ここにセミナー発表用テクスト(フランス語)を貼りつけておこう。

Recherche historique sur l’Europe du XIXe siècle au Japon d’après-guerre (de 1945 à aujourd’hui)

ODANAKA, Naoki (Tohoku University)

Université de Rennes 2, le 11 Février 2009


0. Préface

Bonjour tout le monde. Je suis très heuseux de donner une intervention à des étudiants de Rennes 2, car j’ai étudié ausssi à Rennes 2, il y a presque 20 ans, sous la direction de Michel Denis.

Je voudrais commencer cette intervention par trois mots : un remerciement, une excuse et une demande. D’abord, un remerciement. Je remercie tous les participants à ce séminaire, qui consacrent leurs temps de recheche et d’étude pour ce séminaire, et au jour où votre ministre de l’enseignement supérieur rencontre les représentants du monde universitaire. Ici je joudrais exprimer une solidarité a ceux qui disent Non à la réforme universitaire proposée, car nous, universitaires japonais, avons une expérience d’avoir subi une réforme il y a justement six ans, qui avait le presque même contenu que ce que vous voyons aujourd’hui avant vous. Mais c’est une autre histoire. Retournons au sujet d’aujourd’hui. Je voudrais particulièrement exprimer ma gratitude à Jean LE BIHAN, qui m’a donné une occasion de discuter avec vous, une occasion très précieuse pour moi.

Ensuite, une excuse. Comme je ne parle pas très bien fraiçais, je devrais peut-être, pendant mon intervention, avoir recours à l’Anglais. Car nous les Japonais apprennent cette langue depuis l’âge de 12 ans. Donc cette intervention, Q and A en particulier, pourrait être donnée en ce qu’on dit Franglais.

Troisièmement, une petite demende, aux étudiants en particulier. N’hésitez pas à me donner n’importe quelle question. Sur tel ou tel nom d’historien japonais, sur tel ou tel évènement suscité au Japon, etc., cité dans mon intervention. Je vais essayer de la répondre le plus possible.

Enfin, pour faciliter votre comprehension, j’ai demendé Jean de vous distribuer avant le séminaire la photocopie d’un article paru dans une revue italienne en 1995 dans lequel j’analyse, en Anglais, le presque même sujet que cette intervention. Donc je vais parler aujourd’hui, supposant que vous l’avez déjà lu. Et après mon arrivée à Rennes, j’ai rédiger le texte en Français que je vais lire aujourd’hui, dont la photocopie a été récemment distribuée grace à l’effort de Jean.

Le titre de cette intervenion est "Recherche historique sur l’Europe du XIXe siècle au Japon d’après-guerre (de 1945 à aujourd’hui)". Je vais vous expliquer ce que nous, les historiens japonais, ont fait et font aujourd’hui sur XIXe siècle européen.

Elle se divise en trois parties. Dans les première et seconde parties qui traitent pour chacune la période de 1945 à 1968 et celle de 1968 à 1995, je vais résumer mon article "Where have all the Revolutions Gone ? : Nineteenth-Century European Historical Studies in Postwar Japan " (Bollettino del Diciannovesimo Secolo 4, 1995). Dans la troisième partie, je vais expliquer ce qu’on pourrait dire "l’Après-1995".


1. Bonjour, Révolutions ! (1945-1968)

Le monde historien japonais justement après la Seconde guerre mondiale est fortement influencé et dominé par la thèorie ou plutôt le cadre la mode de pensée d’un historien-économiste, Hisao OTSUKA. Spécialiste de l’histoire économique de l’Angleterre, et sous la forte influence de Max WEBER et de Karl MARX, il écrit l’histoire de l’Europe moderne et contemporaine comme une expérience de Modernisation, la résumant : "la révolution bourgeoise, puis la révolution industrielle, ensuite l’émergence de la société capitaliste composée des capitalistes et des ouvriers, enfin de compte la révolution socialiste réalisée par la classe ouvrière peut-être...".

Mais il ne s’intéresse pas à l’histoire de l’Europe comme soi-même. Pour lui, l’Europe, l’Angleterre et la France en particulier, est un modèle que le Japon d’après-guerre doit suivre pour réaliser la modernisation, reconstruction économique rapide et efficace contenue. Donc nous pouvons dire qu’il analyse l’histoire de l’Europe pour le Japon contemporain. Etudier l’histoire est an acte totalement actuelle.

Pour les historiens japonais des années 40 et 50 qui suivent OTSUKA, ou la première génération d’historiens d’après-guerre, la société japonaise a un caractère près-moderne. C’est pourquoi le Japon a commencé une guerre, unprofitable même pour la plupart des Japonais. Sentant la nécessité de modernisation de la société japonaise, ils commencent par étudier deux thèmes.

D’abord, les préconditions de sa première étape, c’est-à-dire la révolution bourgeoise : la Révolution française, les Révolutions anglaises du XVIIe siècle, l’indépendence des Etats-Unis, etc.

Ensuite, les causes des échecs de la révolution bourgeoise dans quelques pays, comme la Russie et la Prusse.

Cet intérêt pour les préconditions de la révolution bourgeoise, avancé par OTSUKA, est destiné à s’affaiblir, quand la reconstruction économique, presque équivalente de la modernisation pour la population japonaise d’après-guerre, s’achève. C’est vers 1955 que l’économie japonaise termine la reconstruction et commence le développement très rapide. Cette situation doit influencer la recherche historique, car elle est une domaine de recherche très "actuelle".

En 1960, un historien, Akihiko YOSHOIKA, déclare que le Japon a terminé l’étape de la révolution bourgeoise et qu’elle est maintenant à celle de l’autre révolution, révolution industrielle, soulignant l’importance de l’étudier en soi-même. Comme cette révolution a lieu au XIXe siècle dans la plupart de pays européens, la recherche historique de l’Europe de ce siècle commence effectivement par cette déclaration au Japon.

Les études de la révolution industrielle faites par les historiens japonais ont deux caractéristiques. Premièrement, un fort intérêt à une question : qui effectuent la révolution industrielle ? Secondement, domination d’une mode de pensée de regarder le XIXe siècle dans le cadre de l’économie nationale et de l’Etat de classe.

Cependant, les historiens japonais, en etudiant le XIXe siècle européenne, commencent à mettre en doute la théorie d’OTSUKA, qui ne peut pas expliquer quelques phénomènes : l’existence du Squirerarchy et de l’aristocratie de travail en Angleterre, survivance de la classe moyenne ancienne en Allemagne, etc. Ce doute sera succédé par une nouvelle génération d’historiens.


2. Bye Bye, Révolutions ! (1968-1995)

1968, c’est l’année de la révolte des jeunes. Révolution de Mai en France, The Strawberry Statement aux Etats-Unis, et lutte aux universités au Japon. Sous cette atmosphère, une nouvelle génération, génération Soixante-huitard, d’historiens japonais commencent à émerger.

Se rassemblant autour d’une revue Shakai Undo Shi (Histoire des Mouvements Sociaux), ces historiens de la seconde génération d’après-guerre plaident pour "l’Histoire d’en bas". Cette approche a deux caractéristiques. Premièrement, souligner l’autonomie du peuple. Deuxièmement, prêter attention à la vie quotidienne du peuple. Il serait facile de trouver ici l’influence du néo-marxisme pour le premier point et de l’école des Annales pour le deuxième.

Ils critiquent les deux révolutions que la précédente génération d’historiens japonais a déféndues. Le problème de la révolution bourgeoise est, pou eux, le fait qu’elle a donné jour à la société moderne très élitiste. En ce qui concerne la révolution industrielle, il est sûr qu’elle a fait naître la classe ouvrière et le socialisme, mais cette idéologie deviendrait de plus en plus autoritaire, n’est-ce pas ?

Bye Bye, révolutions comme objet de recherche, donc. Ici aussi la recherche historique est très actuelle.

Malheureusement pour eux, cependant, la révolte échoue au Japon. Mais pourquoi cette échec ? Dans les années 1980, beaucoup d’historiens de la seconde génération, Nagao NISHIKAWA par exemle, pense qu’elle aboutit à la puissance de la force d’intégration nationale possédée par l’Etat. L’état n’est pas seulement un Etat de classe qui domine, mais celui équipé des moyens de gagner le consensus de la part de la classe non-dirigeante, c’est-à-dire le peuple. On pourrait aisément trouver ici l’influence des théories d’Antonio GRAMSCI, de Louis ARTHUSSER, de Michel FOUCAULT et des autres "Post-modernistes".

Bye Bye, révolutions encore une fois, cette fois comme objective, donc.

En même temps, la théorie du système mondial de Emmanuel WALLERSTEIN est introduit au Japon par un historien japonais, Minoru KAWAKITA. Elle suscite l’intérêt pour l’historie des Empires (dans le sens de cette théorie), relativisant l’économie nationale comme cadre de pensée.


3. Et maintenant ? (1995-2009)

En ce qui concerne la situation de la recherche historique au Japon après la parution de mon article, je ne pourrais que vous donner trois mots-cléfs, car cette période appartient au temps présent qui est en cours de changement continu.

Premièrement, "Réseau trans-frontière (trans-border network)". Réseau des hommes, des choses, des évènements, etc. Quelques historiens, Katsumi FUKAZAWA par exemple, analysent l’histoire des réseaux humains des marchands autour de la mer (Méditerranée, du Nord, etc.). Le réseau pourrait s’organiser, contre la force d’intégration si nécessaire, et franchissant la frontière des Empires si nécessaire.

Deuxièmement, "Mémoire". Comme la France (Vichy), l’Allemagne (Shoah) ou l’ex-URSS (épuration stalinienne), les Japonais ont justement commencé à devoir faire face aux mémoires (non-positives, il faut dire) de son histoire. Le massacre de Nanking (Chine), esclaves sexuelles de l’armée, etc. Les historiens japonais, quand même ils sont spécialistes de l’Europe du XIXe siècle, sont demandés de contribuer à résoudre la question très délicate : comment construire (ou non) la mémoire collective que nous devons posséder ?

Troisièmement, "Mondialisation". Plus et plus de jeunes historiens japonais étudient dans des pays étrangers pour Ph.D pour but de trouver un poste académique. De plus, nous sommes sous la pression grandissante de publier des articles en langue non-Japonaise, en Anglais en particulier, dans des revues internationalement rénommée si possible. Le monde historien japonais semble en train d’entrer dans l’ère de mondialisation. Mais, avant de saluer ce phénomène, il faudrait penser à une question : quelle est la raison d’être de la recherche historique des pays étrangers ? La division de travail (histoire de France par les historiens français, histoire du Japon par les historiens japonais, etc.) serait suffisant et souhaitable, n’est-ce pas ?

Au total, l’actualité de la recherche historique est mise en question aujourd’hui.

Merci de votre attention.